Retour du fast-FPS : Doom-like et old school à l’assaut du marché

Longtemps relégué au rang de relique vidéoludique, le fast-FPS, ou Doom-like, fait aujourd’hui un retour fracassant. Dans un paysage désormais dominé par des FPS tactiques, scénarisés, souvent bridés par le réalisme, ces shooters old school – surnommés boomer shooters avec une pointe d’ironie – séduisent une nouvelle génération de joueurs comme les vétérans des années 90. Pourquoi ce genre, qu’on croyait dépassé, revient-il en force ? Quels jeux portent ce renouveau ? Et est-ce une mode passagère ou un mouvement de fond ? Analyse.

Qu’est-ce qu’un fast-FPS ou un Doom-like ?

Le fast-FPS (First Person Shooter rapide) désigne un type de jeu de tir à la première personne où la vitesse, la réactivité, et la brutalité de l’action priment sur tout le reste. Le terme Doom-like fait notamment référence à DOOM (1993), pionnier du genre, tout comme Quake, Duke Nukem 3D ou Unreal Tournament.

Les caractéristiques principales du genre sont les suivantes :

  • Vitesse extrême : le joueur se déplace souvent deux fois plus vite que dans un FPS moderne.
  • Pas de régénération de santé automatique : on cherche des medkits comme à l’ancienne.
  • Level design labyrinthique : clés, portes, secrets, zones à revisiter.
  • Arsenal exagéré : fusils à pompe, lance-roquettes, armes laser absurdes.
  • Minimalisme scénaristique : place au gameplay, pas au blabla.

Ces jeux s’opposent de ce fait à la philosophie cinématographique des FPS AAA récents comme Call of Duty ou Battlefield, où la narration, la mise en scène et les scripts sont omniprésents.

Pourquoi ce retour aujourd’hui ?

La renaissance du fast-FPS ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation du retro-gaming, mais aussi d’un rejet assumé des tendances lourdes du AAA.

Les moteurs du revival :

  • Nostalgie puissante : les trentenaires/quadras ayant grandi avec DOOM ou Quake retrouvent, grâce à ses nouveaux titres inspirés, leurs sensations d’antan.
  • Rejet des FPS modernes : beaucoup de joueurs critiquent notamment leur lenteur, leur dépendance aux scripts, ou leur manque de « fun immédiat ».
  • Scène indé hyperactive : des studios comme New Blood Interactive, 3D Realms, ou Bounding Box Software, par exemple, ont remis le genre sur le devant de la scène avec des projets brillants.
  • Streaming & YouTube : les fast-FPS sont idéaux pour des contenus dynamiques, des défis de speedrun ou des parties à scoring notamment. Ils cartonnent d’ailleurs chez les créateurs comme Civvie11, GmanLives ou IcarusLives.
  • Facilité d’accès : ces jeux sont souvent légers, abordables (10–25€), et optimisés pour tourner sur de modestes machines. Ainsi, pas besoin d’optimiser son PC pour y jouer.

Les figures de proue du genre aujourd’hui

Impossible d’évoquer ce renouveau sans parler de ces jeux incontournables qui ont redonné ses lettres de noblesse au fast-FPS :

JeuStudioParticularités
DuskNew BloodUn hommage à Quake avec un level design millimétré.
UltrakillArsi “Hakita” Patala / New BloodUn FPS frénétique inspiré de DOOM et Devil May Cry.
ProdeusBounding BoxFusion parfaite entre pixels et modernité, avec un éditeur de niveaux.
Amid EvilIndefatigableLe Heretic moderne, orienté fantasy.
Ion FuryVoidpoint / 3D RealmsUtilise le moteur Build (Duke 3D), nostalgie pure.
CulticJasozz GamesInfluence Blood, ambiance crasseuse et sons ultra travaillés.
Turbo OverkillTrigger HappyCyberpunk, mobilité extrême (glissades, dashs, jambes tronçonneuses).
BoltgunAuroch DigitalDOOM version Warhammer 40K, ultra-jouissif.

Derrière ces projets se cachent souvent des studios indés passionnés, parfois composés d’une ou deux personnes seulement, comme c’est le cas pour Ultrakill ou Cultic par exemple.

Fast-FPS vs FPS modernes : deux visions du jeu

Le succès des Doom-like modernes s’explique aussi par leur contre-courant assumé. Quand les FPS récents misent sur le réalisme, les cut-scenes et les mécaniques de progression, les fast-FPS reviennent quant à eux à l’essentiel : courir, tirer, survivre.

Voici un comparatif rapide des éléments propres à ces deux types de jeux :

ÉlémentFPS AAAFast-FPS
VitesseLente, réalisteUltra-rapide
SantéRégénérationMedkits manuels
NarrationPrésente, souvent envahissanteMinimale voire absente
MouvementLimité, “réaliste”Sauts, dashs, strafe-jumps
ObjectifsScriptésExploration libre
RejouabilitéFaibleTrès élevée (score, secrets, mods)

Twitch, YouTube et la viralité du genre

Les Doom-like modernes bénéficient d’un énorme capital sympathie auprès des créateurs de contenus, notamment de par :

  • Les parties qui sont rapides, intenses, idéales pour YouTube.
  • Le scoring system d’Ultrakill ou les secrets de Dusk qui favorisent le speedrun.
  • Certains jeux comme Prodeus ou Wizordum permettent à la communauté de créer et partager en continu grâce à des éditeurs de niveaux,.

Sur Twitch, ils sont d’ailleurs souvent joués en “mode défi”, avec des niveaux de difficulté extrêmes ou des runs sans toucher au sol.

Le marché suit-il le mouvement ?

Oui, et pas qu’un peu. Des plateformes comme Steam, GOG, ou Itch.io voient chaque année plusieurs fast-FPS grimper dans les meilleures ventes indé.

Voici quelques exemples récents :

  • Ultrakill reste régulièrement dans le top des ventes indé malgré son accès anticipé.
  • Prodeus a été intégré au Xbox Game Pass.
  • Boltgun a surpris tout le monde en se vendant massivement sur consoles.

Même certains studios de taille moyenne s’y intéressent : l’éditeur Focus Entertainment a publié Boltgun, et d’autres comme 505 Games ou Devolver Digital, par exemple, pourraient suivre.

Une nostalgie durable ou une mode éphémère ?

Le terme “boomer shooter”, qui prête à sourire, soulève une vraie question : ce revival est-il un simple retour en arrière, ou bien l’émergence d’un genre repensé pour notre époque ?

Les éléments qui laissent penser que le genre va durer sont, entre autres :

  • Les mécaniques sont solides, intemporelles.
  • La créativité indé renouvelle les codes (combos à la Devil May Cry, inspirations horror, fantasy, cyberpunk).
  • La communauté est active, passionnée, et produit mods, levels, contenus dérivés.
  • La barrière technique est faible : un bon fast-FPS peut être développé par un seul dev motivé.

En revanche, le genre devra éviter de s’auto-cloner à l’infini, sous peine de lasser même les fans.

Conclusion : Doom ne meurt jamais

Le fast-FPS n’a jamais vraiment disparu. Il attendait juste son heure. Et à l’heure où l’industrie vidéoludique s’interroge sur sa dépendance au réalisme, à la narration cinématographique et à l’open world systématique, ces shooters old school redonnent la priorité au gameplay pur, viscéral, immédiat.

Ce retour est bien plus qu’un effet de mode : c’est une réaffirmation même de l’essence du jeu vidéo.